IF-029 Mettre fin aux sachets individuels de sauce en plastique à usage unique dans les restaurants français
Le problème
Entrez dans un restaurant, un café ou une brasserie en France et demandez du ketchup, de la mayonnaise ou de la moutarde : on vous apportera souvent plusieurs petits sachets individuels.
Chaque sachet contient environ 10 à 15 ml de sauce. Il est ouvert, utilisé pendant quelques minutes, puis immédiatement jeté.
Cela représente une quantité considérable d’emballage pour une si petite quantité de nourriture.
Ces sachets sont particulièrement problématiques parce qu’ils sont petits, légers et souvent fabriqués à partir de matériaux d’emballage souples ou composites. Leur taille et leur composition rendent leur collecte, leur tri et leur recyclage difficiles. Dans la pratique, beaucoup finissent tout simplement parmi les déchets résiduels.
Et ce problème se répète des millions de fois à travers le pays.
La France possède un immense secteur de la restauration et de la consommation alimentaire hors domicile. Selon la dernière étude de FranceAgriMer, il y avait environ 418 000 établissements de restauration hors domicile en France en 2024, représentant environ 7,4 milliards de repas ou autres occasions de consommation alimentaire hors domicile au cours de l’année.
Il ne semble pas exister de chiffre officiel concernant le nombre de sachets individuels de sauce consommés en France. Cependant, compte tenu de l’importance du marché de la restauration, leur nombre pourrait facilement atteindre plusieurs centaines de millions, voire plusieurs milliards de sachets chaque année.
À titre d’exemple, si seulement 15 % des 7,4 milliards de consommations annuelles hors domicile en France impliquaient l’utilisation moyenne de 1,5 sachet individuel de sauce, cela représenterait environ 1,7 milliard de sachets par an.
Il existe une autre absurdité : les restaurants donnent parfois plusieurs sachets aux clients, dont certains ne sont même jamais ouverts. De la sauce parfaitement consommable est alors jetée avec son emballage.
Un produit qui peut être utilisé pendant moins d’une minute laisse ainsi derrière lui un emballage extrêmement difficile à recycler.
L'idée
La France devrait progressivement supprimer les sachets individuels de condiments en plastique à usage unique pour les repas consommés sur place dans les restaurants, cafés et autres établissements de restauration, et les remplacer par des solutions réutilisables ou rechargeables.
Les restaurants devraient pouvoir choisir la solution qui leur convient le mieux.
Cela pourrait notamment inclure :
Des bouteilles rechargeables de ketchup et de mayonnaise
Des pots ou bocaux de moutarde
Des distributeurs à pompe
Des distributeurs de condiments rechargeables placés sur les tables
De petits ramequins lavables remplis à partir de grands contenants destinés à la restauration
Des exceptions raisonnables pourraient être prévues lorsque les portions individuelles sont véritablement nécessaires pour des raisons d’hygiène ou médicales.
La vente à emporter et la livraison pourraient également faire l’objet de règles distinctes, notamment lorsqu’il n’existe pas d’alternative réutilisable réellement pratique.
Pourquoi attendre 2030 ?
Le plus important est qu’il ne s’agit pas d’une proposition radicale.
L’Union européenne a déjà décidé de restreindre, à partir du 1er janvier 2030, les emballages plastiques à usage unique destinés aux portions individuelles de condiments et de sauces dans les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et des cafés, sous réserve des règles et exceptions prévues par le règlement européen sur les emballages et les déchets d’emballages.
La France s’est souvent positionnée comme l’un des pays européens les plus engagés dans la réduction des plastiques à usage unique inutiles.
Plutôt que de permettre que des milliards de petits sachets supplémentaires soient potentiellement utilisés puis jetés d’ici 2030, la France pourrait anticiper cette évolution et démontrer qu’il est à la fois pratique et abordable de les supprimer.
Une courte période de transition pourrait être prévue afin de permettre aux restaurants d’écouler leurs stocks existants et de passer progressivement à des solutions réutilisables.
Les bénéfices
1. Réduire les emballages plastiques inutiles
Le principal avantage serait une réduction immédiate des emballages jetables.
Un grand contenant de ketchup, de mayonnaise ou de moutarde destiné à la restauration peut fournir des centaines de portions et ainsi remplacer potentiellement des centaines de sachets individuels.
À l’échelle de l’ensemble du secteur français de la restauration, la réduction cumulée des emballages pourrait être considérable.
2. Réduire les déchets difficiles à recycler
Les petits sachets souples constituent des déchets particulièrement problématiques.
Même lorsque certains des matériaux qui les composent sont techniquement recyclables, leur petite taille, les résidus alimentaires qu’ils contiennent et leur composition parfois constituée de plusieurs matériaux peuvent rendre leur recyclage difficile dans les systèmes de traitement des déchets existants.
Le plus simple reste donc d’éviter de produire ces emballages dès le départ.
3. Réduire le gaspillage alimentaire
Toute personne qui mange régulièrement dans les restaurants français connaît cette situation : vous demandez du ketchup et plusieurs sachets arrivent sur la table.
Ils ne sont pas nécessairement tous utilisés.
Avec une bouteille ou un distributeur, les clients prennent simplement la quantité dont ils ont besoin.
Cela signifie moins de sauce gaspillée, mais également moins d’emballages jetés.
4. Un changement simple pour les restaurants
Cette mesure ne nécessite aucune nouvelle technologie coûteuse.
Les bouteilles de ketchup réutilisables, les pots de moutarde, les distributeurs à pompe et les ramequins lavables existent déjà et sont utilisés dans des restaurants du monde entier.
Les restaurants pourraient simplement acheter leurs sauces dans de plus grands contenants destinés à la restauration et remplir leurs distributeurs lorsque cela est nécessaire.
5. Des économies potentielles pour les restaurants
Acheter les sauces dans de grands contenants destinés à la restauration pourrait également réduire les dépenses liées aux portions individuelles et à leurs emballages.
Les restaurants auraient certes un travail supplémentaire pour nettoyer et remplir les distributeurs, de sorte que l’impact économique varierait selon les établissements. Néanmoins, la réduction de l’immense quantité d’emballages individuels nécessaires pour servir des portions uniques pourrait générer des économies tout en apportant des bénéfices environnementaux.
6. Moins de déchets abandonnés dans l’environnement
Les petits sachets peuvent facilement tomber par terre, être emportés par le vent ou être abandonnés.
Réduire leur utilisation signifierait moins de petits emballages susceptibles de finir dans les rues, sur les plages, dans les parcs, les rivières et, plus largement, dans l’environnement.
7. Aider la France à anticiper les futures règles européennes
L’Union européenne a déjà fixé la direction à suivre.
La France pourrait donc agir avant l’échéance européenne de 2030, plutôt que d’attendre le dernier moment.
Une suppression anticipée en France donnerait également aux fabricants, aux distributeurs et aux restaurateurs davantage de temps pour développer et adopter de meilleurs systèmes réutilisables avant l’entrée en vigueur complète des nouvelles règles européennes.